Des scientifiques du JRC européen qui ont rendu compte l'année dernière à l'UE sur la stratégie « de la ferme à la table » ont publié un nouvel article scientifique. Ils y réagissent aux affirmations et conclusions d'autres études récentes, notamment du ministère américain de l'Agriculture (USDA) et de WUR-Research.
Plusieurs auteurs du rapport du JRC comparent toutes ces études (Kiel, USDA, JRC, WUR), y compris la leur. Il s'agit d'un article distinct, et non d'une seconde étude du JRC mandatée par l'UE. Cependant, cette publication a été, en partie, rédigée par les mêmes scientifiques.
Dans leur publication, ils font des remarques sur la manière dont ces études précédentes ont été présentées dans les médias et affirment que les affirmations concernant des conséquences négatives (sur les revenus agricoles – ndlr) ne peuvent être étayées.
Les modèles utilisés dans toutes ces recherches présentent, selon les auteurs du JRC, des limites. Ils ne sont pas capables d'évaluer complètement l'impact des nouvelles stratégies environnementales et alimentaires, ni de prévoir l'avenir.
Concernant leur propre modèle JRC, il est indiqué qu'il ne saisit que les changements dans trois domaines environnementaux pour le secteur agricole : les gaz à effet de serre, les excédents d'azote et les émissions d'ammoniac. Toutefois, les bénéfices de ces réductions s'étendent à l'ensemble de la société. Par exemple, la diminution des émissions d'ammoniac entraîne aussi moins de particules fines dans l'atmosphère, ce qui se traduit par une réduction des décès prématurés. Cela pourrait entraîner environ 16 000 décès prématurés en moins.
Des chercheurs de l'Université de Wageningen & Research (WUR) ont récemment calculé, pour le compte de CropLife Europe et CropLife International, quelles pourraient être les conséquences sur les récoltes si l'utilisation de pesticides chimiques était réduite ou interdite.
Ces études portent toutefois uniquement sur la production, pas sur les revenus. C'est pourquoi les rapporteurs estiment qu'on ne peut tirer aucune conclusion à propos des revenus.
Les chercheurs de WUR reconnaissent toutefois que les bénéfices potentiels dans les domaines du climat, de la santé et de la biodiversité n'ont pas été pris en compte, bien que ce soit précisément l'objet de toute la stratégie F2F, comme l'a souligné un autre chercheur de WUR, Jeroen Candel, le weekend dernier. En outre, selon Candel, la sécurité alimentaire n'est pas menacée, critiquant ainsi ses collègues de WUR.
Le commissaire au climat Frans Timmermans a déclaré l'année dernière à la Chambre basse des Pays-Bas que « la stratégie de la ferme à la table englobe toute la chaîne alimentaire. Si l'on ne regarde que certains objectifs du côté de la production, on obtient par définition une vision biaisée. »
« Donc, j’espère que nous pourrons discuter plus souvent de cette question ; que nous ne parlions pas seulement des coûts de la transition mais aussi des coûts énormes de l'absence de transition. Qu’on arrête de faire croire aux gens que si nous ne faisons rien, tout restera comme aujourd'hui. Ce n'est tout simplement pas vrai. »

