Les ministres de l'Agriculture de l'UE freinent la stratégie alimentaire « De la ferme à la table » (F2F) des commissaires européens Frans Timmermans (Environnement + Climat + Biodiversité) et Stella Kyriakides (Santé + Sécurité alimentaire).
Lors de la première réunion des 27 ministres de l'Agriculture de l'UE sous la présidence de leur homologue allemande Julia Klöckner, les deux documents stratégiques ont été reçus avec une grande critique lundi. De nombreux membres du gouvernement craignent que certaines parties du secteur agricole ne se tournent vers des pays hors UE si les plans de la Green Deal sont maintenus.
La plupart des pays de l'UE soutiennent certes l'objectif d'une production alimentaire plus durable, mais dans de nombreux pays agricoles, la Commission européenne a atteint la « limite de tolérance » avec sa Green Deal, a-t-on déclaré.
Beaucoup de ministres redoutent que les exploitations agricoles soient submergées par de nouvelles exigences en matière d’environnement et de climat. Comme on le sait, la Commission propose de réduire l’utilisation des produits phytosanitaires dans l’UE de 50 % et des engrais de 20 % d’ici 2030. En particulier, de nombreux ministres de l’Agriculture souhaitent d’abord une « évaluation d’impact » des nouvelles mesures de la Commission.
Quatorze des 27 ministres de l’UE ont déclaré s’opposer à ce que des montants soient déjà prévus dans les budgets pour la reconversion ou la modernisation dans la politique agricole commune (PAC). Ils veulent d’abord plus de certitudes et de garanties, et sont prêts à consacrer deux ans à cet effet.
La commissaire européenne à la Santé, Stella Kyriakides, a souligné que les objectifs de réduction pour la protection des cultures et la fertilisation correspondent précisément au niveau de durabilité recherché par la Commission. Mais la Commission européenne, le Parlement européen et plusieurs pays de l’UE ont déjà indiqué qu’ils ne souhaitent pas reporter la nouvelle politique européenne de l’Environnement et du Climat, mais au contraire l’intégrer pleinement dans la nouvelle PAC.
À l’issue de la réunion, le commissaire européen à l’Agriculture, Janusz Wojciechowski, a admis que les opinions des ministres de l’UE sur les stratégies « De la ferme à la table » et biodiversité restaient très divergentes. Cela vaut également pour le nouvel instrument que Bruxelles souhaite introduire, les plans stratégiques nationaux. Dans ceux-ci, les pays de l’UE devront indiquer comment ils vont mettre en œuvre les éléments de la Green Deal.
Wojciechowski a de nouveau souligné l’importance d’un budget agricole plus élevé pour soutenir financièrement les agriculteurs dans la mise en œuvre de la Green Deal. Malgré les divergences d’opinion entre les ministres de l’Agriculture de l’UE, la présidente allemande Julia Klöckner a répété que l’intention est que les ministres adoptent en octobre la réforme de la PAC et la stratégie F2F.
En coulisses à Bruxelles, il existe encore un désaccord sur la question de savoir qui sera responsable de quoi. Les services « agricoles » de l’UE estiment qu’ils doivent gérer le budget de la PAC, mais les services environnementaux ENVI considèrent que les volets de la Green Deal priment et que AGRI/l’Agriculture devra intégrer les conséquences de cette nouvelle politique GD dans les budgets de la PAC.

