Les dirigeants de l’UE ont mené vendredi lors de leur vidéoconférence un débat « constructif » sur le budget pluriannuel de l’UE (1180 milliards) et le fonds de relance corona (750 milliards), sans toutefois parvenir à un accord.
Les chefs d’État et de gouvernement ont toutefois déclaré, après une réunion vidéo de quatre heures, qu’ils surmonteront la crise lors d’un prochain sommet, probablement en juillet, et ont promis de parvenir à un accord, malgré les énormes divergences entre les États membres.
Comme prévu, aucune conclusion ni résultat n’a été tiré de la vidéoconférence. La discussion avait pour but une première occasion d’exprimer leurs priorités et de formuler leurs inquiétudes concernant le paquet, une manière euphémique de camoufler les désaccords persistants. Dans ce cadre, les « Quatre Frugaux » (Pays-Bas, Autriche, Danemark et Suède) s’opposent nettement aux autres pays de l’UE.
Le Premier ministre néerlandais Mark Rutte a déclaré après la réunion que l’argent du fonds corona doit en tout cas arriver là où il est vraiment nécessaire. C’est pourquoi il ne veut pas utiliser la clé de répartition actuelle de l’UE, basée sur la situation des pays avant la pandémie, pour l’aide corona. Cette répartition actuelle alloue non seulement d’importantes sommes à l’Italie et l’Espagne, durement touchées, mais aussi (par exemple) à la Pologne et d’autres pays moins affectés.
« Il est important de s’entraider », a souligné Rutte. Selon lui, il est crucial que « les pays qui n’avaient pas de réserve » ne prennent pas plus de retard et que l’Union ne perde pas son équilibre. Mais de ces pays, on peut également attendre « la solidarité » pour « faire tout leur possible afin de se prendre en charge à l’avenir ». Il estime que des réformes des systèmes de retraite et du marché du travail, ainsi que le recouvrement des impôts, « toutes ces choses sont nécessaires », a prévenu le Premier ministre, répétant ainsi son plaidoyer.
Le gouvernement néerlandais sous-estime, selon l’ancien président Nout Wellink de la Banque des Pays-Bas (DNB), la « problématique qui s’annonce ». Il s’attend à ce que les conséquences de la crise soient « très importantes » et estime donc que le gouvernement doit se demander : « dans quelle mesure êtes-vous prêt à faire preuve de solidarité ? » « Car c’est le moment de vérité qui approche. »
Wellink indique que, selon lui, les dons, principal obstacle pour les Pays-Bas, ne posent pas de problème. Il semble qu’on ne réalise pas que les problématiques d’endettement à venir pourraient exiger de grands sacrifices si l’on veut continuer à faire partie de l’Europe et maintenir l’Union européenne unie, a-t-il déclaré. Selon Wellink, les Pays-Bas « n’ont rien appris de 2012 » lorsque la crise de la dette grecque avait divisé l’Union européenne.
Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne (BCE), a averti qu’il existe des risques pour les marchés financiers en l’absence de plans de soutien à la reprise économique. La France et l'Allemagne auraient insisté pour que la question soit réglée le mois prochain.
Le président du Parlement européen, David Sassoli, a déclaré aux dirigeants que le paquet actuel est ambitieux mais « ne va en réalité pas assez loin par rapport à ce qui est nécessaire ». Il a averti que le Parlement européen, qui doit approuver le budget pluriannuel, n’acceptera pas un montant inférieur au paquet envisagé.
« Nous devons considérer cette proposition actuelle comme un point de départ », a déclaré Sassoli, précisant qu’elle doit encore être améliorée. Le Parlement européen souhaite un budget plus important, tandis que certains pays veulent toujours réduire les dépenses. Sassoli était d’accord avec Rutte et n’est pas non plus favorable à un soutien aux États membres les plus touchés sous forme uniquement de prêts. Cela conduirait à « des effets inégaux sur les charges de la dette des États membres et coûterait plus d’argent à l’UE dans son ensemble. »

