Les gouvernements conservateurs et nationalistes de Pologne et de Hongrie s'opposent à l'adaptation des lois et procédures de l'UE permettant d'obliger les États membres à respecter les règles européennes relatives à la protection de l'État de droit. Lors d'une réunion ministérielle à Bruxelles, il est apparu que les 26 autres pays de l'UE sont prêts à agir plus fermement contre les États récalcitrants.
Plusieurs pays de l'UE sont fortement contrariés par le fait que certains gouvernements majoritairement conservateurs ou populistes d'Europe centrale refusent de coopérer à la répartition et à la dispersion des demandeurs d'asile et des réfugiés. Il persiste également un mécontentement concernant des pays où la justice n'est pas totalement indépendante (Pologne), où l'ingérence étrangère est perçue de manière hostile (Hongrie) et où la corruption n'est pas suffisamment combattue (Roumanie, Malte).
Ces dernières années, la Commission européenne a déjà lancé une procédure disciplinaire lourde (article 7) contre la Pologne et la Hongrie, mais ces procédures sont difficiles et lentes. De plus, la sanction (la suspension du droit de vote) est en réalité la mesure la plus lourde et la seule disponible.
C'est pourquoi la Commission européenne a désormais proposé d'associer cette sanction aux subventions annuelles de l'UE dont bénéficient les pays. Si un pays refusait de respecter les procédures de l'UE, ses subventions agricoles, par exemple, pourraient être retenues. Cependant, comme une telle nouvelle règle nécessite l'unanimité, la Pologne et la Hongrie ont pu la bloquer hier à Bruxelles (pour l'instant).
Juste cette semaine, la Cour de justice européenne a de nouveau rendu un arrêt critique sur la controverse concernant la procédure disciplinaire à l'encontre des juges polonais. La Cour s'interroge sur l'indépendance de la chambre disciplinaire polonaise mise en place en 2017. Selon la Commission européenne, cette chambre n'est pas indépendante. La chambre disciplinaire polonaise (juges de la Cour suprême) est en effet proposée par le Conseil de la magistrature, dont les membres sont nommés par des politiciens du gouvernement conservateur polonais PiS.
Il est essentiel que ce conseil soit suffisamment indépendant du gouvernement, du parlement et du président, selon les juges au Luxembourg. Ils soulignent qu'aucun doute ne doit subsister à ce sujet. Le gouvernement polonais cherche depuis un certain temps à éliminer les juges qui lui déplaisent. D'après la Commission européenne, l'État de droit est affaibli par l'influence politique sur la justice. La Cour de l'UE a donné raison à Bruxelles dans plusieurs arrêts précédents.

