Le ministère public à Varsovie a présenté l'accusation au tribunal. Au total, dix-neuf personnes sont mises en cause. Selon la justice, elles ont agi contrairement à l'intérêt public en prenant des décisions ayant entraîné des pertes financières pour l'État.
Dans le même contexte, le ministère public a annoncé que l'ancien Premier ministre Mateusz Morawiecki sera probablement aussi poursuivi. Le procureur général en a informé officiellement le président du parlement polonais. Morawiecki a d’ores et déjà renoncé volontairement à son immunité parlementaire.
Selon le ministère public, les éventuelles accusations contre Morawiecki sont liées à des actes accomplis dans l’exercice de ses fonctions de chef du gouvernement. Si une violation des dispositions légales ou constitutionnelles est établie, l’affaire pourra être renvoyée à la Cour suprême.
L’accusation portée contre Ardanowski concerne des décisions qu’il a prises en tant que ministre de l’Agriculture et du Développement rural. Selon la justice, il a contribué à l’octroi de garanties financières à des entreprises en très mauvaise situation financière.
Une de ces entreprises est Eskimos S.A., active dans la transformation de produits agricoles. En 2018 et 2019, des garanties bancaires et de crédit ont été accordées via le Centre national de soutien à l’agriculture pour l’achat de pommes industrielles. Ces garanties s’élevaient au total à environ 24 millions d’euros.
La deuxième entreprise est la coopérative laitière Bielmlek. En août 2019, une garantie de crédit de près de 7,2 millions d’euros a été rendue possible. Selon la justice, les dirigeants concernés étaient conscients de la très mauvaise situation financière de la coopérative ainsi que de ses engagements financiers.
La justice affirme que ces décisions ont conduit à une utilisation inefficace et non économe des fonds publics. Ardanowski aurait collaboré avec des responsables du Centre national de soutien à l’agriculture et d’autres fonctionnaires.
Outre Ardanowski, d’anciens hauts fonctionnaires du Centre de soutien ainsi qu’un secrétaire d’État au ministère de l'Agriculture sont également poursuivis. Les faits reprochés sont passibles d’une peine d’emprisonnement pouvant aller d’un à dix ans.
L’ancien ministre Ardanowski appartenait au courant conservateur de la politique polonaise, a été membre pendant quelques années du parti PiS des frères Kaczyński, avant de fonder son propre parti encore plus prononcé en faveur des agriculteurs.
Ardanowski est récemment devenu président du conseil présidentiel pour l’Agriculture, un groupe de réflexion nationaliste du président conservateur actuel Karol Nawrocki. Ainsi, Ardanowski reste en politique polonaise un adversaire redoutable de la politique agricole libérale pro-UE du Premier ministre Donald Tusk.

