Le ministre polonais de l'Agriculture Grzegorz Puda a été remplacé par l'expérimenté homme politique Henryk Kowalczyk, qui deviendra également vice-premier ministre. Trois autres ministres sont également remplacés ou déplacés.
Avec cette mesure, le parti au pouvoir, Droit et Justice (PiS), tente de répondre au mécontentement et à l'incertitude importants parmi les agriculteurs et les habitants des zones rurales polonaises.
L'actuel Puda, désormais déplacé, n'a jamais été apprécié des ruraux et des électeurs du PiS en raison de ses « minauderies citadines et son comportement de dandy », d'autant plus que la politique polonaise ne propose pas de solution adaptée à la grippe aviaire dévastatrice et à la peste porcine. Puda était aussi mal vu car il a longtemps refusé de dialoguer avec les agriculteurs radicalisés du mouvement AgroUnia.
D'après une étude récente, au cours des dix-huit derniers mois, un quart des élevages avicoles et la moitié des petites exploitations porcines ont fait faillite.
Puda devient désormais ministre du développement régional et des fonds de développement, un portefeuille auparavant détenu par le Premier ministre Morawiecki. Ainsi, Puda reste l’un des proches collaborateurs du chef du gouvernement Morawiecki et du président du PiS, Kaczyński, la « figure forte » de la Pologne. Kaczyński lui-même est encore vice-premier ministre mais se retire prématurément, transmettant cette fonction au nouveau ministre de l'Agriculture Henryk Kowalczyk.
Cet ancien ministre du Climat a désormais pour mission « d’améliorer l’image du ministère et les relations avec les organisations agricoles », explique la professeure Małgorzata Molęda-Zdziech de la Warsaw School of Economics. Le nouveau ministre arrive avec une grande expérience : il a eu, il y a un an, un important conflit avec les dirigeants du PiS au sujet d’une loi très critiquée sur le bien-être animal.
Le « homme fort » Kaczyński avait présenté fin 2019 une proposition de loi visant à améliorer les conditions de vie des animaux. Cette nouvelle loi aurait plus ou moins signifié une interdiction des cages et de l'abattage sans étourdissement dans l'industrie avicole, menaçant ainsi l’importante exportation polonaise de poulets vers les pays islamiques.
Cette proposition impliquait également des règles d’hygiène plus strictes pour les dizaines de milliers de petits éleveurs porcins. Non seulement de nombreux habitants des campagnes et agriculteurs, mais aussi beaucoup de politiciens du PiS s’y sont opposés. Kowalczyk lui-même s'est élevé contre cette loi et, comme d’autres parlementaires PiS protestataires, a été brièvement suspendu de son mandat de député PiS.
Cette révolte au sein du PiS a d'abord conduit le président du parti Kaczyński à intégrer lui-même le gouvernement, après quoi il a écarté certains politiciens agricoles populaires et nommé ses propres alliés. C’est ainsi que Puda était devenu ministre de l’Agriculture.
Finalement, le Sénat polonais a bloqué cette proposition de loi grâce à des abstentions des sénateurs du PiS. Avec le déplacement de Puda et la réhabilitation ainsi que le retour de Kowalczyk, « ami des animaux », le PiS tente de regagner une partie de la confiance perdue dans les zones rurales polonaises.

