Dans les premières réactions enthousiastes à l'approbation massive de la nouvelle Commission européenne d'Ursula Von der Leyen, on prête encore peu d'attention aux nombreux nuages sombres à l'horizon européen. Cette menace ne se limite pas aux vieux dossiers non résolus de la Commission Jüncker qui s'achève, mais comprend également de nouveaux problèmes que la politique VDL et les 27 commissaires européens s'attirent eux-mêmes.
Si la nouvelle venue Von der Leyen souhaite, avec ses trois super-commissaires expérimentés Timmermans, Vestager et Dombrovskis, ouvrir de nouvelles voies, ils devront d'abord lever les blocages persistants dans de nombreuses capitales de l'UE. Un tel problème se posera dès la semaine prochaine, lorsque devra être trouvée un accord sur le cadre financier pluriannuel.
Dans son discours officiel, ainsi que lors d'une conférence de presse ultérieure à Strasbourg, Von der Leyen a reconnu qu'elle ne pouvait malheureusement pas encore être très concrète sur de nombreux domaines politiques (car les commissaires européens, les ministres et les commissions parlementaires doivent encore adopter de nouvelles politiques contraignantes), mais elle a clairement indiqué qu'il fallait de toute façon plus d'argent dans le cadre financier pluriannuel.
Avec cette revendication de davantage de fonds, Von der Leyen s'oppose directement aux pays riches mais aussi économes (comme les Pays-Bas et le Danemark). Ces pays estiment que la nouvelle politique européenne ne doit pas être financée par une augmentation des dépenses, mais seulement par la suppression d'autres politiques de l'UE.
De plus, des politiciens européens issus de pays agricoles d'Europe de l'Est émettent déjà des avertissements selon lesquels ils ne consentiront pas à d'importantes révisions ou coupes budgétaires dans la politique agricole commune au début de l'année prochaine. Plus particulièrement, ils refusent une réduction des subventions agricoles. Ces subventions constituent une part importante des revenus de nombreux agriculteurs, mais représentent aussi un tiers de toutes les dépenses de l'UE.
En outre, les dépenses agricoles devront également s'inscrire dans la nouvelle politique européenne sur le climat et l'environnement, qui n'a pas encore été formulée. De nombreux agriculteurs anticipent déjà les difficultés. Cela signifie que le premier vice-président de la Commission VDL, le Néerlandais Frans Timmermans, aura la main sur de nombreux flux financiers dans les plans de ses collègues, y compris ceux liés à l'agriculture. Or, dans ces pays, Timmermans n'est pas le politicien européen le plus populaire. Il est possible qu'il doive rallier Von der Leyen à sa cause lors de la présentation de ses projets à Budapest ou Varsovie…
Les eurodéputés néerlandais du PvdA à Strasbourg ont déclaré aujourd'hui avoir voté avec conviction en faveur de la nouvelle Commission. Les sociaux-démocrates néerlandais ont exprimé leur fierté concernant les projets sociaux tels que celui d'un salaire minimum garantissant une vie digne, ainsi que leur fierté quant aux plans verts visant les Objectifs de développement durable.
Dans les cent premiers jours de cette Commission, Timmermans propose déjà un projet de loi sur le climat avec son Green Deal. Agnès Jongerius a déclaré à ce sujet : « Le tableau d’ensemble est désormais satisfaisant. Nous avons nos commissaires sur des portefeuilles importants. Le programme n’a jamais été aussi progressiste. Nous allons travailler ensemble pour un avenir meilleur pour les peuples d’Europe. »
Bas Eickhout (Verts/GA) se dit lui aussi satisfait du Green Deal de cette Commission européenne, mais prévoit des difficultés dans sa mise en œuvre. « La difficulté résidera dans l’exécution des politiques. Des compromis devront être trouvés, les débats seront âpres sur chaque thème, que ce soit la biodiversité, l’agriculture ou l’économie circulaire. Et le commissaire Timmermans aura besoin du soutien des Verts dans ces cas. »
L’eurodéputé Peter van Dalen (Union chrétienne) a voté pour la nouvelle Commission européenne d’Ursula von der Leyen : « Je trouve qu’il est grand temps que la nouvelle Commission commence à travailler, et surtout qu’elle se mobilise pour le Green Deal. Il est urgent que l’Union européenne, avec nous tous et tous les secteurs, agisse dès maintenant pour un meilleur climat. »
Par ailleurs, Von der Leyen devra travailler ces prochaines années à une « modernisation » des procédures et règles de l’UE, ce qui s'annonce déjà comme « un grand bazar », redoutent nombreuses personnes. En effet, l’UE applique dans plusieurs domaines clés le principe d’unanimité, selon lequel une nouvelle loi ne peut être adoptée que si tout le monde est d’accord. La pratique actuelle signifie que des pays de l’UE relativement petits peuvent bloquer des décisions européennes importantes pour des objections souvent mineures, parfois durant des années.
« Je crains le pire », déclare Sophie in ’t Veld (D66) dans une première réaction. « C’est clairement la commission des gouvernements des pays de l’UE. Les gouvernements européens se sont répartis les postes entre eux, donc j’ai très peur que Von der Leyen torde l’oreille aux premiers ministres et ministres. Alors qu’elle doit justement rester indépendante. » D’un autre côté, In ’t Veld admet que la qualité de la Commission lui semble plutôt satisfaisante : « Il y a des personnes très capacitaires. Je suspend donc encore mon jugement. »

