Le Parlement européen n'a pas encore adopté de position claire sur les lois climatiques de la commissaire européenne Frans Timmermans après un vote chaotique. Il est très inhabituel qu'aucun accord ne soit trouvé lors des réunions plénières de dernière minute sur des propositions législatives aussi importantes.
Un élément financier important a été rejeté par une très faible majorité de 11 voix. La proposition concernant le nouveau système d'échange de quotas d'émission (ETS) a été renvoyée à la commission ENVI, permettant ainsi aux groupes parlementaires de renégocier.
Par conséquent, les votes sur d'autres volets (CBAM, Fonds social) ont également dû être reportés.
En réalité, le « grand débat climatique » a déjà été bloqué lors du tout premier vote, qui devait définir comment et quand les entreprises paieraient des taxes supplémentaires pour leur pollution de l'air et du sol. Les « droits ETS gratuits » dont bénéficient de nombreux secteurs industriels devraient être supprimés plus rapidement.
Certaines fractions veulent que cela intervienne dès 2024, d'autres quelques années plus tard, et d'autres encore préfèrent ne pas appliquer de taxes supplémentaires du tout. Ces règles s'appliqueraient aussi à l'utilisation des terres (grandes exploitations agricoles) ainsi qu'aux transports.
Ces taxes supplémentaires constitueraient une source importante de financement pour les subventions à l'énergie, l'isolation des logements, l'innovation et le déploiement accéléré des énergies durables (solaire et éolienne). Cela a disparu avec l'abandon du nouveau ETS.
En fait, le Parlement européen est surtout divisé sur la question de savoir si, en raison de la crise énergétique actuelle (due à la guerre russe en Ukraine), les exigences environnementales et climatiques doivent être ralenties ou au contraire accélérées. Cette divergence s'est déjà manifestée ce printemps lorsque, sous la pression du PPE, les exigences de la Green Deal dans l'agriculture ont été temporairement assouplies.
Les démocrates-chrétiens du PPE ont cette fois-ci, malgré un rejet antérieur en commission ENVI, soumis des amendements (pour reporter l'introduction des taxes, épargner aux logements fuissant la chaleur les sanctions, ne pas interdire la production de nouvelles voitures à moteur essence, etc.).
Ces propositions du PPE ont été soutenues « pour des raisons stratégiques » par le partenaire de coalition libéral Renew, ainsi que par les conservateurs du ECR, les identitaires nationalistes et l’extrême droite. Le projet de Timmermans risquait ainsi d’être « élagué » et le financement d’autres volets compromis.
C’est pourquoi les sociaux-démocrates du S&D, les Verts et la Gauche unie ont finalement voté contre ce qu'ils ont appelé un plan trop maigre, tandis que l’extrême droite a voté contre car le projet réduit restait trop conséquent à leurs yeux.
Le président de la commission environnement ENVI, le libéral français Pascal Canfin, a déclaré après les votes que, selon lui, les différences entre groupes ne sont pas si grandes. Le vote rejeté portait essentiellement sur la question de savoir si cette règle fiscale ETS serait appliquée durant la période 2024-2026, 2026-2028 ou 2028-2030.
La vice-présidente du groupe PPE, Esther de Lange, a appelé les sociaux-démocrates du S&D à rouvrir la discussion en commission, en précisant qu’il faudra également aborder le fonds social (encore non traité).

