Pour cela, Von der Leyen peut au moins compter sur le soutien de trois groupes politiques pro-européens qui, le mois dernier - comme en 2019 - ont obtenu la majorité des sièges : son propre Parti populaire européen (PPE) de centre-droit (188 sièges), les sociaux-démocrates (136), et les libéraux de Renew (77).
Avec le récent succès électoral des Patriotes d’extrême droite, le groupe conservateur ECR (78 sièges) est désormais la quatrième formation, tandis que les libéraux et les Verts ont reculé à respectivement 77 et 53 sièges. Plusieurs membres individuels des trois groupes de la coalition actuelle ont déjà déclaré qu’ils ne soutiendraient pas Von der Leyen. Parmi eux figurent notamment les Républicains français (PPE), des libéraux allemands, irlandais et roumains, ainsi que des sociaux-démocrates français et italiens. Le vote final, jeudi après-midi, sera secret.
Von der Leyen est incertaine quant à ses chances de réélection et a tenté d’élargir sa majorité en jetant un pont tant vers les Conservateurs et Réformateurs européens (ECR) que vers les Verts. Mais collaborer trop étroitement avec l’ECR représenterait un risque pour elle, car elle perdrait une partie des sociaux-démocrates (S&D) et des libéraux (Renew), qui refusent de travailler avec la droite.
Pour obtenir le soutien de son programme de travail, la présidente de la Commission s’est donc rendue la semaine dernière non seulement aux réunions des groupes de la coalition PPE, S&D et Renew, mais aussi à celle des Verts. En conséquence, Von der Leyen a promis quelque chose à chacun au cours des dernières semaines, sans totalement satisfaire personne. Cette ambivalence politique pourrait aussi avoir compromis sa réélection.
Quoi qu’il en soit, la situation s’annonce palpitante, comme il y a cinq ans. Pour les cinq prochaines années, le Parlement européen compte 720 députés et Von der Leyen a donc besoin de 361 voix. La question est de savoir si, parmi les 401 élus européens de sa coalition actuelle de trois partis, au moins quarante ne la soutiendront pas. Et si elle a réussi à convaincre suffisamment de Conservateurs et de Verts.
Selon Bas Eickhout, co-leader du groupe des Verts, le vote des Verts pour sa reconduction dépendra des plans qu’elle a annoncés dans son discours. Il sera notamment examiné si « la Commission agira plus fermement contre les pays qui sapent l’état de droit et les valeurs européennes. Donc : plus de fonds européens pour les pays ne respectant pas l’état de droit, comme la Hongrie d’Orbán, et l’état de droit ne doit jamais faire partie de jeux d’échange politiques ».
En matière de paix et de sécurité, les Verts veulent que l’UE soutienne pleinement l’Ukraine ; qu’elle s’engage de manière proactive en faveur d’une solution à deux États au conflit au Moyen-Orient et qu’elle renforce la coopération en matière de défense. En outre, les Verts exigent des garanties pour maintenir les accords climatiques du Green Deal, y compris dans l’agriculture européenne.

