Au sein de l’UE, les organisations agricoles et les chrétiens-démocrates mènent depuis plusieurs mois une campagne contre les propositions environnementales et climatiques. Ce sont surtout les lois du Green Deal de l’ancien commissaire Frans Timmermans qui sont visées. Le chef de file du groupe EVP, Manfred Weber, a certes reçu le soutien de plusieurs dizaines de politiciens provenant des rangs conservateurs, d’extrême droite et nationalistes, mais près d’un tiers de son propre groupe EVP a voté contre sa ligne dure.
Des réserves s’expriment également au sein de l’EVP sur la stratégie de Weber de coopération avec l’extrême droite, pour éviter que ces mouvements ne remportent beaucoup de voix aux élections européennes. Les récents sondages l’indiquent clairement, notamment en Allemagne, Espagne et France. Les succès électoraux précédents du BBB et du PVV aux Pays-Bas sont souvent évoqués dans les couloirs de Bruxelles et Strasbourg.
Le texte définitivement adopté de la loi sur la restauration de la nature est très proche de celui déjà validé auparavant par les États membres de l’UE, incluant plusieurs engagements pour rallier aussi des politiciens conservateurs. Cette loi obligera bientôt les États membres de l’UE - en plus de protéger la nature - à restaurer les zones naturelles.
Pour cela, les États devront fixer des objectifs décennaux et rapporter chaque année à Bruxelles, procédure comparable au suivi des plans stratégiques nationaux dans la politique agricole.
L’eurodéputé néerlandais Bas Eickhout (GroenLinks) a déclaré que « le plus important est que cette loi ait enfin franchi la ligne d’arrivée. Nous aurions évidemment préféré une loi plus concrète, mais les marges étaient extraordinairement réduites. Ce qui existe désormais est surtout une obligation de commencer à agir. Cela vaut aussi pour les Pays-Bas : un nouveau gouvernement ne pourra pas faire l'impasse, la nature doit être restaurée. »
L’eurodéputée CDA Annie Schreijer-Pierik, qui avec le député SGP Bert-Jan Ruissen était l’une des principales défenseures de la proposition rejetée de retrait, a estimé : « En tant qu’eurodéputée, j’ai mis en garde dès le début. Les conséquences pour les Pays-Bas sont incalculables car nous nous focalisons sur une réalité papier et avons perdu de vue la réalité concrète. Ajouter encore une nouvelle loi ne fera qu'empirer la situation. »
« Une victoire pour notre nature vulnérable », a dit Anja Hazekamp (PvdD) en réaction au vote. « La faible majorité montre que chaque vote vert est d’une importance mondiale pour défendre les animaux, la nature et l’environnement. Cela est d’une urgence absolue à une époque où les intérêts commerciaux et les forces conservatrices prennent de plus en plus le dessus dans la politique européenne. » Mohamed Chahim (PvdA) a aussi réagi avec optimisme face à ce blocage infructueux.
La députée Anja Haga (ChristenUnie) a également voté en faveur de la loi. Le Parti populaire européen (PPE), dont fait partie le groupe de Haga, a voté contre. « Beaucoup de politiciens ont été effrayés par les manifestations des agriculteurs et n'osent pas prendre de décisions. Cela n’aide pas les agriculteurs, au contraire. L’agriculture mérite des choix tournés vers l’avenir sur lesquels les agriculteurs peuvent s’appuyer. Heureusement, la majorité du Parlement européen a finalement reconnu cela. »
Juste cette semaine, le CDA a annoncé que le Parti populaire européen (PPE) plaidera pour une révision des zones Natura 2000. Cela fera, selon le CDA, partie du manifeste électoral du PPE pour les élections européennes du 6 juin. EVP/CDA pousse ainsi à un changement majeur de la politique européenne de la nature.
Selon l’eurodéputé CDA Tom Berendsen, il est « dans l'intérêt des Pays-Bas que nos collègues européens adhèrent à ce plan. À l’heure actuelle, notre pays est bloqué parce que nous avons convenu il y a des années de protéger certaines plantes et animaux dans certaines zones. Avec les connaissances actuelles, on peut se demander si cela est encore réalisable partout. »

