Les chrétiens-démocrates qualifient ces propositions de menace pour la production alimentaire et le revenu des agriculteurs. Il est extrêmement rare qu’un groupe politique rejette d’emblée des propositions sans consulter les commissaires de l’UE sur d’éventuelles modifications ou compromis.
Le PPE estime que les commissaires Sinkevicius (Environnement), Timmermans (Climat) et Kyriakides (Sécurité alimentaire) doivent « retourner à la planche à dessin » avec leurs propositions. Auparavant, des politiciens du PPE au sein de la commission agricole AGRI avaient déjà déclaré qu’ils ne soutiendraient pas non plus les propositions imminentes visant à réduire les émissions du secteur de l’élevage (RIE).
Le chef de file du groupe PPE, Manfred Weber (CDU/CSU), et la vice-présidente de groupe Esther de Lange (CDA) présenteront leurs propositions mercredi à Strasbourg lors du grand débat agricole avec la Commission européenne et la présidence de l’UE sur la politique agricole « verte » future.
Ce faisant, ils prennent une position diamétralement opposée à la stratégie de la Commission européenne, dirigée par leur camarade de parti Ursula von der Leyen. Le rejet de ces trois lois issues du Green Deal est généralement considéré comme le coup d’envoi de la campagne du PPE pour les prochaines élections européennes, en mai prochain.
Selon la déclaration finale du sommet du PPE, le futur Parlement européen qui sera élu après 2024 décidera de la nouvelle politique agricole commune (PAC) post-2027. Quant aux fonds agricoles, ils devront en tout cas, selon le PPE, être augmentés chaque année en fonction de l’inflation.
En rejetant ces trois documents stratégiques, le PPE pourrait tenter de reconquérir une partie de la faveur des électeurs agricoles perdue dans de nombreux pays de l’UE. En Allemagne, les chrétiens-démocrates sont passés dans l’opposition après une lourde défaite électorale.
« Le PPE a toujours fortement critiqué cette proposition et surtout la manière dont la Commission pense pouvoir la réaliser », a déclaré récemment l’élue néerlandaise du CDA Esther de Lange. Mais avec cet amendement, le PPE franchit une étape importante : « En 16 ans de mandat au Parlement européen, je n’avais jamais auparavant rejeté une proposition d’emblée », a ajouté De Lange. Son parti a récemment subi de lourdes pertes aux élections provinciales aux Pays-Bas face au mouvement des agriculteurs et citoyens.
La politique agricole européenne était traditionnellement une forteresse du PPE au sein de la commission AGRI, mais depuis 2019, de nombreux choix politiques ont été transférés à la commission ENVI sur l’environnement suite à une réorganisation des compétences. Par ailleurs, le commissaire à l’Agriculture autrefois influent doit désormais partager une partie de ses compétences avec les commissaires au Climat, à l’Environnement et à la Biodiversité.
Pour repousser ces trois propositions au-delà des élections (« remettre à plus tard »), les membres du PPE ont besoin du soutien d’un grand nombre de « dissidents » au sein du groupe libéral RENEW. Ceux-ci ont déjà aidé le PPE à Strasbourg lors de votes pro-AGRI et anti-ENVI, avec le groupe conservateur ECR/SGP. Il est incertain si les libéraux souhaitent aujourd’hui être entraînés dans la manœuvre politique du PPE.

