Parmi les politiciens de la Commission de l'Agriculture du Parlement européen, le mécontentement grandit face à l'inflexibilité du commissaire polonais à l'agriculture, Janusz Wojciechowski, et aux plans d'aide européens jugés trop modestes pour de nombreuses filières agricoles spécifiques.
Le principal obstacle est que Wojchiechowski n’a jusqu’à présent pas réussi à obtenir des autres commissaires européens un financement supplémentaire suffisant pour diverses « urgences » agricoles. Une réunion extraordinaire de la commission, à huis clos cette fois, est même prévue ce lundi à ce sujet.
Il est demandé une intervention urgente de l’Europe, notamment pour l’exportation des raisins secs grecs, l’achat de millions de litres de lait écossais ou danois, l’augmentation des stocks de vins français et espagnols, ou la gestion des oignons et pommes de terre polonais pourrissants ainsi que des fromages français.
Après que les députés européens ont déjà adressé au cours du mois dernier deux lettres d’alerte urgentes, Wojchiechowski n’a guère pu faire autrement que de rejeter partiellement ces reproches. D’un côté, les politiciens européens s’opposent toujours quand il veut réduire ou redistribuer les budgets et fonds agricoles ; sa ligne de défense est que les députés agricoles ne peuvent pas simplement réclamer toujours plus, en refusant toute limitation.
Par ailleurs, Wojchiechowski a précisé à plusieurs reprises que nombre des plans d’aide demandés relèvent des compétences nationales, et que l’UE a été maintes fois rappelée à l’ordre lorsqu’elle tentait de s’ingérer dans des questions nationales. Pour une intervention directe sur le marché, le feu vert des conseils des ministres est nécessaire, et ces ministres défendent avant tout leurs filières agricoles nationales. La Commission de l'Agriculture n’a pas encore démontré que ses demandes recueillent la majorité des voix au Parlement européen.
Wojchiechowski doit aussi composer avec le fait que les 27 commissaires européens sont actuellement engagés dans l’une des plus grandes réorganisations financières et opérationnelles européennes des dernières décennies, travaillant notamment sur la constitution d’un énorme fonds de relance post-coronavirus, et qu’il pourrait devoir y sacrifier plusieurs dizaines de milliards.
De plus, il peut montrer à la Commission de l’Agriculture mécontente qu’il a obtenu ces dernières semaines des résultats concrets, autorisant ainsi les pays de l’UE à appliquer, bien que pour leur propre compte national, diverses dérogations temporaires aux règles européennes. La Commission de l’Agriculture a qualifié ce dernier plan d’aide européen aux agriculteurs de «bonne première étape», mais a insisté jeudi auprès de Wojchiechowski pour qu’il soit suivi d’actions et financements supplémentaires.
Ils se sont dits préoccupés par le manque de fonds pour soutenir ce dernier plan de sauvetage européen. Wojchiechowski a maintenu que la Commission «a fait ce qui est possible actuellement» pour «s’assurer que les problèmes sont traités». Il a reconnu que «le plan n’est probablement pas entièrement satisfaisant», mais a clairement expliqué qu’il avait «aussi dû choisir» pour «aider autant de personnes que possible» là où «les problèmes sont les plus graves».
Lors de la visioconférence, a également été discutée la lettre de quarante députés européens, issus de quasiment tous les partis de douze pays à vocation agricole, demandant que la culture des plantes et des fleurs puisse enfin bénéficier d’un crédit de transition temporaire contre les effets de la pandémie. La lettre met en garde contre un effet domino. Récemment, de nombreuses festivités et événements ont été annulés, provoquant de lourdes pertes dans les secteurs des fleurs et des plantes. Cet effet domino menace de faire basculer l’ensemble du secteur dans la catastrophe, selon la lettre également signée par les quatre députés néerlandais de la Commission de l’Agriculture : Annie Schreijer-Pierik (CDA), Jan Huitema (VVD), Bert-Jan Ruissen (SGP) et Peter van Dalen (ChristenUnie).

