L'organisation agricole européenne COPA-COGECA, qui regroupe les agriculteurs, plaide pour un report de la nouvelle stratégie Farm to Fork (F2F) en raison de la pression croissante exercée sur les agriculteurs par la crise actuelle du coronavirus. L'organisation réclame une « réévaluation » du Green Deal. Les organisations environnementales parlent d'un revirement.
Dans une lettre adressée à Norbert Lins, président de la commission de l'agriculture du Parlement européen (AGRI), le secrétaire général de COPA-COGECA, Pekka Pesonen, affirme que « les agriculteurs, les propriétaires forestiers et leurs coopératives se trouvent dans une situation de plus en plus difficile ». Selon le lobby agricole, la crise du coronavirus a désormais « des conséquences rapides et négatives à court et à long terme pour les secteurs agricole et forestier ». Il ajoute que cette crise menace potentiellement à la fois le marché intérieur et les marchés internationaux, mettant en danger les chaînes d'approvisionnement, les emplois et, en fin de compte, la sécurité alimentaire de l’UE.
La lettre appelle les eurodéputés à « reporter les décisions qui ont été prises sans réflexion adéquate et suffisante ». Jusqu’à présent, les associations agricoles soutenaient cette politique envisagée. La stratégie F2F fait partie de la nouvelle politique climatique de l’UE, le Green Deal. Ce projet phare du nouveau vice-président européen Frans Timmermans vise à rendre toute la chaîne alimentaire, de la production à la consommation, plus durable et plus respectueuse de l’environnement.
COPA-COGECA déclare que la crise actuelle provoque une grande perturbation chez les agriculteurs et que l’introduction de nouvelles mesures restrictives dans le cadre de la F2F serait un coup supplémentaire. Il a ajouté que COPA-COGECA soutenait jusqu’ici le Green Deal et la F2F, mais que cette stratégie ajoutera dans ces nouvelles circonstances des « restrictions supplémentaires » sans offrir d’alternative appropriée aux agriculteurs.
Étant donné que l’approche de la ferme à la table aura également « des impacts économiques, sociaux et environnementaux importants », la lettre exhorte la Commission européenne à revoir attentivement les principes de ces nouveaux plans politiques. Il est question d’une « évaluation initiale de l’impact » pour la F2F ainsi que pour l’ensemble du Green Deal avant de prendre une décision politique ou réglementaire. Cela impliquerait un nouveau report des nouveaux plans, après qu’il a déjà été décidé de retarder la présentation de la nouvelle stratégie jusqu’à fin avril.
Le groupe du Parti populaire européen (PPE) a déjà appelé il y a une semaine à un report supplémentaire de la stratégie Farm to Fork (F2F), au moins jusqu’après l’été, en invoquant le coronavirus. Henriette Christensen, conseillère politique principale chez Pesticide Action Network Europe, a déclaré que cette évaluation d’impact demandée pourrait durer au moins un an. De plus, selon elle, l’UE doit d’abord établir la nouvelle politique agricole commune avant de décider de l’affectation des 60 milliards d’euros destinés aux subventions de la PAC. Le contraire n’a aucun sens, selon le groupe environnemental.
Plus tôt cette semaine, il est devenu clair que les négociateurs des 27 gouvernements de l’UE et les coordinateurs de la commission agricole de l’UE ont trouvé un accord sur une procédure d’urgence pour le versement des subventions de la PAC pour l’année prochaine, 2021. Cela signifie que les deux organes politiques et législatifs de l’UE, le Conseil des ministres et le Parlement européen, tiennent déjà compte d’un report supplémentaire de la nouvelle politique agricole commune, y compris des réductions de subventions annoncées.
Une réunion extraordinaire de la commission agricole du Parlement européen se tiendra à Bruxelles la semaine prochaine, principalement consacrée aux décisions concernant la crise du coronavirus. Selon l’ordre du jour de cette commission, il est également possible d’y prendre des décisions sur un report supplémentaire.
Ce que pensent le vice-président Frans Timmermans et le commissaire à l’Agriculture Janusz Wojciechowski de la demande de réévaluation n’est pas encore connu. Ils ont toutefois récemment affirmé qu’ils maintenaient leurs nouveaux plans politiques et qu’ils souhaitaient les présenter le plus rapidement possible.
Cependant, il est désormais clair que le circuit des réunions européennes est pratiquement à l’arrêt jusqu’après la pause estivale. De plus, il est aussi apparu que les 27 chefs de gouvernement et les ministres des Finances ne sont pas encore d’accord sur le cadre financier pluriannuel 2021-2027, et donc pas non plus sur d’éventuelles coupes dans les subventions de la PAC.
Il est possible que les Commissaires européens tiennent aussi désormais compte des conséquences d’un « report administratif » supplémentaire, comme le révèle une annonce faite plus tôt cette semaine par la présidente de la Commission, Ursula von der Leyen. Elle a annoncé en début de semaine que la Commission européenne présentera fin avril « de nouvelles propositions » pour des ajustements dans le cadre financier pluriannuel 2021-2027.

