La semaine prochaine, Bruxelles et l’Union européenne célèbrent la « Semaine Verte ». Cette même semaine, les ministres européens de l'agriculture, la Commission de l'agriculture et le Parlement européen doivent prendre des décisions importantes concernant la nouvelle politique agricole commune (PAC), du moins c’est l’objectif.
Malgré plus de deux ans de négociations préparatoires, les ministres de l’Agriculture et les groupes politiques au Parlement européen ne parviennent toujours pas à un accord sur des dizaines de questions, ni entre eux, ni en interne.
Les eurodéputés débattent et votent sur des propositions de réforme de la politique agricole commune (PAC). Cette révision doit rendre la PAC plus durable, plus forte et plus flexible. Le paquet inclut des projets visant à renforcer les pratiques climatiques et environnementales obligatoires, à réduire les paiements aux grandes exploitations agricoles et à allouer plus de fonds aux petites entreprises et aux jeunes agriculteurs.
Il s’agit de la manière dont l’UE dépensera au total 386,7 milliards d’euros pour les agriculteurs et les zones rurales entre 2021 et 2027. Les ministres se réunissent lundi et mardi à Luxembourg (avec possibilité de prolongation jusqu’à mercredi), tandis que le Parlement européen vote entre lundi et vendredi sur plusieurs centaines d’amendements indicatifs (avec prolongation potentielle jusqu’au vendredi soir).
Selon l’état actuel des discussions, les derniers votes ne seront probablement évalués que vendredi après-midi vers 17h30. Certains observateurs estiment même possible que les délibérations ne soient achevées qu’au cours de la prochaine session plénière, en novembre.
Les dirigeants politiques des trois grands groupes parlementaires ont déclaré la semaine dernière avoir trouvé un « compromis indicatif ». Les chrétiens-démocrates (PPE), socialistes (S&D) et libéraux (Renew) détiennent soixante pour cent des 705 sièges. Mais rien ne garantit que leur discipline de groupe tiendra, car la semaine dernière, il est apparu que la Commission de l’agriculture AGRI, la Commission du budget (BUDG) et la Commission de l’environnement (ENVI) restent divisées sur le financement de la future orientation.
Une source majeure de division est la mesure dans laquelle l’agriculture devra se conformer à l’avenir aux nouvelles règles climatiques et environnementales. Dans les milieux agricoles, le Green Deal est considéré comme le principal responsable et point de friction. Certains voient dans les compromis actuels au Parlement et au Conseil des ministres un premier « relâchement » des critères du Green Deal au sein de la nouvelle PAC.
De plus, le « compromis » des trois leaders de groupe est interprété comme une défaite pour le groupe S&D. Selon les partis d’opposition au Parlement, les sociaux-démocrates se sont résignés à la stratégie du PPE et de Renew « d’obtenir maintenant ce qui est réalisable ». L’opposition de gauche reproche aux S&D de ne pas défendre suffisamment les objectifs environnementaux et climatiques du Green Deal, et de chercher à ce que la « nouvelle » PAC échappe à la durabilité nécessaire.
Un désaccord similaire persiste aussi parmi les ministres de l’Agriculture des États membres de l’UE. La question est notamment de savoir si vingt pour cent ou trente pour cent des subventions agricoles actuelles doivent être consacrés à des objectifs « biologiques ». Faut-il instaurer une interdiction totale ou partielle de l’usage des produits phytosanitaires chimiques ? Faut-il appliquer cette interdiction immédiatement ou seulement dans quelques années ? Les ministres ne sont pas encore d’accord non plus sur la proportion des terres agricoles devant rester libres pour des bandes fleuries et des diffuseurs.
Une fois que les ministres et le Parlement européen auront adopté leurs positions définitives, les deux parties devront encore s’entendre entre elles, puis avec la Commission européenne. La « nouvelle » PAC ne devrait donc entrer en vigueur, au plus tôt, qu’en 2023.

