Auparavant, les commissions de l’agriculture et de la pêche avaient déjà rejeté la proposition, que la commission environnement doit désormais évaluer. Ce serait la première fois qu’une proposition de la Commission sera réellement rejetée par le Parlement.
Les chrétiens-démocrates (PPE/CDA) ont complètement rejeté la proposition au tout dernier moment, et les conservateurs (ECR/SGP) ainsi que les groupes de droite (I+D/FvD/PVV) ont également annoncé qu’ils voteraient contre. Les Verts, la Gauche Unie et les S&D/PvdA sont favorables, tandis que les libéraux de Renew (VVD/D66) sont divisés.
La commission environnement compte 88 députés européens. Selon le chef de groupe PPE, Manfred Weber, la répartition des votes est actuellement de 44 pour et 44 contre.
L’an dernier, Weber a durci son positionnement concernant le Green Deal et les lois environnementales dans l’agriculture : en 2019, il devait encore soutenir ce projet du commissaire au Climat Frans Timmermans, car le Green Deal avait aussi été initié avec le soutien de la présidente de la Commission Ursula von der Leyen. Cette Commission avait aussi été mise en place grâce au soutien de l’ancienne chancelière fédérale Angela Merkel.
Mais depuis que les chrétiens-démocrates allemands ont perdu les élections législatives en 2021 et sont passés dans l’opposition, Weber s’est politiquement déplacé vers la droite. Quand Bruxelles fait quelque chose de bien, il parle favorablement de la Commission Von der Leyen, mais quand Bruxelles fait une erreur, il en tient le vice-président Timmermans responsable, a remarqué un député européen néerlandais.
Jeudi, il ne sera pas voté sur la loi de restauration de la nature elle-même, mais sur la proposition des commissions de l’agriculture et de la pêche de rejeter ce projet de loi. Des votes sur des dizaines d’amendements sont également inscrits à l’ordre du jour, mais ceux-ci ne seront abordés que si le projet n’est pas rejeté dès le premier vote. Un éventuel rejet sera alors soumis à la séance plénière du Parlement prévue en juillet.
Le président de la commission environnement, le libéral français Pascal Canfin, a déclaré que Weber menacerait les membres du PPE de les exclure du groupe s’ils votaient jeudi en faveur de la loi de restauration de la nature. Cette affirmation est niée au sein du PPE, même si plusieurs sources indiquent que le groupe fait tout pour mobiliser ses membres et suppléants afin de faire passer la position du PPE.
Au sein du groupe social-démocrate S&D/PvdA, Mohammed Chahim est convaincu qu’il y a une majorité en faveur de la loi de restauration de la nature. « Je sais que certains PPE veulent voter pour la loi », a-t-il déclaré. Il est connu qu’un député européen est-européen du groupe PPE/CDA souhaite voter pour la loi. Dans le groupe divisé Renew/VVD/D66, on parle de deux ou trois indécis.
En théorie, la Commission européenne pourrait encore proposer mercredi à la dernière minute un compromis, une concession ou un amendement, mais aucun signal en ce sens n’émane des bureaux de Timmermans et de son chef de cabinet Diederik Samson. Par ailleurs, Bruxelles a déjà consenti de nombreuses concessions et atténuations.
La Commission européenne pourrait également retirer temporairement sa proposition controversée de l’ordre du jour, mais cela n’annule pas le rejet déjà prononcé par les commissions de l’agriculture et de la pêche.
En théorie, la commission environnement pourrait aussi décider jeudi matin de ne pas procéder au vote, mais de “suspendre” le vote afin qu’une décision sur le rejet par les commissions de l’agriculture et de la pêche soit prise « à une date et heure ultérieures » (= report ; gagner du temps).

