À la veille des dernières auditions des nouveaux commissaires européens, la présidente désignée Ursula von der Leyen a apporté ces derniers jours, en coulisses, plusieurs modifications administrativement mineures mais politiquement sensibles.
La chef de groupe des sociaux-démocrates, Iratxe García, a annoncé ce matin à Bruxelles que Von der Leyen avait accepté un certain nombre de souhaits et demandes préalables du groupe S&D. Il semble que leurs groupes de coalition, chrétiens-démocrates et libéraux, aient également donné leur accord.
Ainsi, la description des fonctions du commissaire européen désigné Margaritis Schinas est désormais modifiée. Le Grec, en tant que vice-président, avait pour mission principale « la protection de notre mode de vie européen », ce qui impliquait également qu’il soit responsable de la politique européenne d’asile.
Une critique immédiate a été adressée à Von der Leyen, car cette formulation de « protection » donnait l’impression que les migrants étaient perçus comme une menace. On lui a également reproché que cette expression constituait une forme de réciprocité pour le soutien qu’elle avait reçu lors de son élection de la part de conservateurs d’Europe de l’Est.
Parmi d’autres, le groupe social-démocrate au Parlement européen avait exigé en septembre qu’elle modifie la description des fonctions du commissaire grec Schinas. Le terme « protection » a été remplacé par « promotion de notre mode de vie européen » dans ses attributions.
Von der Leyen a également opéré deux autres modifications, toutes deux concernant des portefeuilles de nouveaux commissaires sociaux-démocrates. À la description des fonctions du commissaire lituanien de 28 ans Virginijus Sinkevičius (Environnement et Océans) s’ajoute « Pêche ». Lors de son audition il y a deux semaines, il avait clairement indiqué qu’il souhaitait maintenir les quotas de pêche européens stricts en vigueur.
Et le commissaire luxembourgeois de centre-gauche Nicolas Schmit (Emploi) se voit attribuer en plus les Droits sociaux. Les sociaux-démocrates avaient clairement exprimé dès le début des négociations leur souhait de regrouper les droits des travailleurs, la sécurité sociale et l’emploi dans un seul portefeuille.
Avec ces modifications, les sociaux-démocrates renforcent leur emprise sur le processus décisionnel européen, non seulement dans leurs domaines politiques traditionnels mais aussi dans ceux de la durabilité, de l’environnement et de l’économie. En contrepartie, aucune certitude n’est encore acquise concernant le financement de la nouvelle politique européenne.
Comme il n’est toujours pas clair si le Royaume-Uni quittera effectivement l’UE (ce qui ferait disparaître une importante source de revenus), non seulement le cadre financier pluriannuel (CFP) n’a pas encore été adopté, mais aucune décision politique n’a été prise à propos de révisions majeures. Les chefs d’État et ministres discutent depuis des mois de la réduction des aides agricoles.
Les décisions politiques sensibles et importantes, surtout celles comportant un lourd volet financier, sont donc désormais repoussées autant que possible à début de l’année prochaine, à Bruxelles et à Luxembourg. Car le « tout dernier » report du Brexit court jusqu’à fin janvier : à ce moment-là, nous saurons enfin sur quoi en sont les Britanniques, soupirent des eurodéputés optimistes.

