L’UE est parvenue à un accord concernant une transformation radicale de la politique agricole commune européenne. Dorénavant, la production agricole sera bien plus adaptée aux conditions propres à chaque pays de l’UE. Mais cela nécessite la mise en œuvre de bien plus d’améliorations environnementales et climatiques.
Les gouvernements nationaux devront désormais établir des « plans stratégiques nationaux » qui devront être approuvés par la Commission européenne. Chaque pays devra préciser comment il compte atteindre les objectifs de la Green Deal et de la Convention sur le climat de l’UE. La Commission contrôlera leurs performances et le respect des règles européennes.
Cela permettra à la Commission européenne de mieux superviser, contrôler et co-gérer, par pays, des questions telles que la biodiversité, la sécurité alimentaire, le bien-être animal, la pollution de l’air et la pollution des sols. La Commission vérifiera aussi, lors de l’évaluation des plans stratégiques nationaux, si ces derniers contribuent à la stratégie « de la ferme à la fourchette ».
Les aides agricoles du régime de la PAC, en place depuis de nombreuses années, seront transformées à hauteur de 25 % : elles passeront d’un soutien général au revenu (versé par hectare) à des subventions « vertes » ciblées, destinées à diverses pratiques agricoles respectueuses de l’environnement. À la demande des 27 ministres de l’Agriculture, une période d’adaptation de deux ans (2023 et 2024) est instaurée, durant laquelle les « primes environnementales » non utilisées resteront toutefois disponibles pour les agriculteurs.
En outre, dans les années à venir, le soutien financier au secteur agricole sera réorienté de l’agriculture intensive à grande échelle et de l’agro-industrie vers les petites et moyennes exploitations agricoles. Ainsi, 10 % de toutes les subventions agricoles nationales seront désormais réservées aux jeunes agriculteurs et aux petites entreprises familiales.
L’organisation de ces négociations en trilogue à Bruxelles a été modifiée après l’échec des discussions précédentes en mai. Les 27 ministres de l’Agriculture de l’UE se réuniront désormais seulement ce lundi prochain à Luxembourg, sans tenir la réunion en même temps que le trilogue. Ils pourront ainsi approuver ou rejeter le résultat après coup, sans s’impliquer dans les détails.
« Heureusement qu’il y a enfin un accord sur la PAC », réagit la députée européenne Annie Schreijer-Pierik (CDA). Selon elle, le ministère de l’Agriculture à La Haye et les provinces ont une lourde responsabilité : élaborer suffisamment de régimes écologiques accessibles et, ensuite, les rendre financièrement plus attractifs pour les agriculteurs en y associant des primes complémentaires (nationales) au rendement.
Le député européen néerlandais Jan Huitema (VVD, Renew Europe) a qualifié cet accord d’étape importante vers une politique agricole moderne. « La politique actuelle qui impose aux agriculteurs de verdir d'en haut n’a pas prouvé son efficacité. Il est bien mieux de lier directement le financement à la performance écologique de l’agriculteur et du jardinier. Plus la performance est élevée, plus la rémunération est importante », a déclaré Huitema.
Non seulement des organisations environnementales telles que Greenpeace et les jeunes militants climatiques de Greta Thunberg, mais aussi les Verts considèrent que le compromis sur la PAC présenté actuellement est trop faible et inacceptable. Ils estiment que l’agriculture doit cesser l’usage de désherbants chimiques et de stimulateurs de croissance. « Tel que l’accord est, nous n’y souscrirons pas », a déclaré Bas Eickhout, vice-président du groupe. Il a annoncé une campagne à l’échelle de l’UE contre ce qu’il appelle du « greenwashing ».
« En 2019, les électeurs européens ont voté pour un changement écologique, vert et respectueux du climat. Ursula von der Leyen et ses commissaires ont alors tenu de grands discours sur la Green Deal européenne. Mais maintenant, ils approuvent un régime agricole européen complètement dépassé.
L’UE continue de soutenir l’élevage intensif à grande échelle. Elle encouragera toujours les agriculteurs à utiliser des pesticides synthétiques. Elle continuera à remplir les poches des multinationales et des grands propriétaires terriens, tandis que les petits agriculteurs et leurs familles seront mis de côté », a déclaré le membre de GroenLinks.

