Les dirigeants et chefs d’État des 27 pays de l'UE ont échangé informellement leurs points de vue dans un petit château belge sur l’enchaînement d’un grand nombre de décisions que les responsables européens doivent trancher à court terme. Ces choix pourraient s’avérer non orthodoxes et douloureux, comme le laissent entendre plusieurs commentaires et réactions.
Le débat sur un traitement de faveur européen, souvent désigné par « Made in Europe », a constitué le fil rouge des discussions. La question principale est de savoir si les entreprises européennes doivent bénéficier d’une position privilégiée dans les marchés publics ou les investissements publics.
La manière dont les décisions sont préparées et prises dans l’UE est, dans ses grandes lignes, restée la même qu’il y a environ 15 ans, à une époque où l’UE comptait encore une douzaine à une quinzaine de pays. Des discussions portent depuis de nombreuses années sur une adaptation, notamment après la sortie des Britanniques de l’UE, mais aucune « modernisation » n’a encore été mise en œuvre.
La présidente de la Commission Ursula von der Leyen et la présidente du Parlement Roberta Metsola ont ouvertement déclaré que la prise de décision dans l’UE devrait peut-être passer à un processus à deux vitesses. Pour de nombreuses décisions, l’unanimité ne serait donc plus requise, empêchant ainsi les « frondeurs » de retarder ou de faire obstacle à tout.
Les discussions informelles ont en tout cas permis un certain rapprochement entre la ligne du président français Emmanuel Macron et celle du chancelier allemand Friedrich Merz. Ces derniers jours, ils semblaient avoir des divergences marquées sur la manière dont l’UE doit être renforcée de façon européenne.
Ils semblent également désormais plus d’accord sur l’introduction des euro-obligations, c’est-à-dire la souscription collective d’emprunts et de dettes, même si certains (petits) pays de l’UE ne sont pas favorables à cette démarche.
Un espace semble s’ouvrir pour une approche ciblée. Au lieu d’une protection large de tous les secteurs économiques, il est désormais question de soutenir des secteurs stratégiques spécifiques particulièrement vulnérables.
Les chefs de gouvernement attendent une concrétisation supplémentaire lors d’un sommet formel en mars. Ce sera alors l’occasion de préciser quels secteurs auront la priorité et quels outils seront mobilisés pour renforcer la position économique de l’Union européenne.

